Aller au contenu
Lancer Sa BoîteLancer Sa Boîte
Statuts

SASU ou EURL : quel statut unipersonnel choisir en 2026 ?

SASU ou EURL : responsabilité, impôts, charges sociales et protection sociale. Le comparatif complet 2026 pour choisir le bon statut juridique.

Par François Roux 10 min de lecture

SASU et EURL sont les deux seuls statuts juridiques permettant d'être associé unique d'une société à responsabilité limitée en France. Ce qui les oppose ? Le régime social du dirigeant. La SASU bascule le président dans le régime des assimilés-salariés : une protection sociale calquée sur le salariat classique. L'EURL, elle, rattache son gérant au régime des travailleurs non-salariés (TNS). Derrière ce choix technique se joue le montant de vos cotisations, votre couverture maladie, vos droits retraite et la fiscalité appliquée à vos bénéfices.

SASU vs EURL : les différences clés en 2026

SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) et EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) partagent un socle commun : un seul associé, et une responsabilité limitée au montant des apports au capital social (source : service-public.fr). Mais au-delà de cette base commune, tout les oppose. Protection sociale du dirigeant, régime fiscal par défaut, niveau des cotisations, flexibilité de gestion. Un vrai choix de fond. La SASU offre un statut de cadre avec une couverture maladie complète et des droits retraite élevés. Contrepartie : des charges plus lourdes. L'EURL classe son gérant en TNS, avec des cotisations allégées mais une protection sociale moins protectrice : sauf à souscrire des contrats individuels. C'est un pari personnel : besoin familial, niveau de rémunération visé, projets d'investissement ou objectifs de transmission. Le tableau ci-dessous reprend les 6 critères de différenciation à passer en revue.

Pour approfondir le fonctionnement de ce statut, notre guide sur le statut EURL, ses avantages et sa fiscalité détaille les points clés à connaître avant de se lancer.

Régime social du dirigeant : assimilé-salarié vs travailleur non-salarié

Le point numéro un pour départager SASU et EURL, c'est le régime social du dirigeant. Les écarts sont nets, avec des impacts concrets sur votre quotidien. Le président de SASU est rattaché au régime général de la Sécurité sociale en tant qu'assimilé-salarié. Il cotise à peu près comme un salarié classique, avec quelques particularités : pas de cotisation chômage (sauf cumul avec un contrat de travail distinct), pas d'assurance accidents du travail pour son propre compte, mais une affiliation complète à l'assurance maladie-maternité, aux allocations familiales et à la retraite de base + complémentaire Agirc-Arrco. Concrètement ? Même couverture maladie qu'un salarié, mêmes prestations, et jusqu'à 166 points de retraite complémentaire par an (plafond 2026 = plafond annuel de la Sécurité sociale fixé à 47 100 € en 2026). Le gérant majoritaire d'EURL, lui, dépend du régime des travailleurs non-salariés (TNS), géré par la Sécurité sociale des indépendants (SSI, intégrée au régime général depuis 2018). Ses cotisations sont calculées sur son bénéfice professionnel imposable : pas sur une rémunération brute. Il cotise à l'assurance maladie-maternité, aux allocations familiales, à la retraite de base (plafonnée et déplafonnée) et à la retraite complémentaire obligatoire (RCI). La couverture maladie pour les soins courants est identique à celle d'un salarié. Mais sur les indemnités journalières en cas d'arrêt, les droits sont nettement moins favorables.

L'essentiel

  • SASU et EURL sont les deux seuls statuts permettant d'être associé unique d'une société à responsabilité limitée, avec une responsabilité limitée aux apports dans les deux cas.
  • Le dirigeant de SASU relève du régime des assimilés-salariés (protection sociale complète, cotisations plus élevées), tandis que le gérant d'EURL est affilié au régime TNS (cotisations réduites mais protection sociale moins protectrice).
  • En SASU, l'impôt sur les sociétés s'applique par défaut (taux réduit à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice). En EURL, l'impôt sur le revenu est le régime par défaut, avec option possible pour l'IS durant les 5 premiers exercices.
  • Les cotisations sociales représentent environ 80 à 85 % du brut en SASU contre 40 à 45 % du bénéfice en EURL, mais les droits retraite et indemnités journalières sont nettement plus favorables en SASU.
  • Choisir entre SASU et EURL dépend de votre niveau de rémunération, de vos besoins de protection sociale et de votre projet de développement (ouverture du capital, levée de fonds, transmission).

Fiscalité : IR par défaut ou IS sur option

Côté fiscal, les deux statuts divergent dès le départ. L'EURL est soumise à l'impôt sur le revenu (IR) par défaut, avec une option possible pour l'impôt sur les sociétés (IS). Sous le régime IR, le bénéfice est imposé directement dans la catégorie des BIC ou des BNC selon l'activité, au barème progressif de l'impôt sur le revenu. L'option pour l'IS est possible pendant les 5 premiers exercices suivant la création, et devient irrévocable ensuite. La SASU est soumise à l'IS par défaut. Ses bénéfices sont imposés au taux normal de l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME remplissant certaines conditions (CA < 10 M€, capital entièrement libéré, détenu à 75 % par des personnes physiques), puis 25 % au-delà. Les dividendes distribués au président sont ensuite imposés à l'IR après abattement de 40 %, ou soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux). En pratique, la SASU à l'IS est souvent plus intéressante pour les gros bénéfices (réinvestissement au taux réduit de 15 %). L'EURL à l'IR peut être plus avantageuse pour les petites structures avec un bénéfice modeste et peu de réinvestissement.

Rémunération et cotisations sociales : charges et plafonds

Le niveau des charges sociales est le deuxième critère qui fait la différence. Pour un même niveau de rémunération, les cotisations varient du simple au double. En SASU, le président se verse une rémunération brute soumise aux cotisations salariales et patronales. Le taux global tourne autour de 80 % à 85 % du salaire brut (part patronale incluse). Exemple concret : pour un net cible de 2 500 € par mois, le coût total pour la société est d'environ 4 500 € par mois. La part salariale représente environ 23 % du brut, la part patronale entre 42 % et 55 % selon les tranches. L'assiette de cotisation, c'est la rémunération brute déclarée chaque mois. En EURL, le gérant majoritaire cotise sur son bénéfice professionnel (après déduction des charges sociales). Le taux TNS est plus bas, autour de 40 % à 45 % du bénéfice net de cotisations (variable selon l'activité). Pour un bénéfice annuel de 30 000 €, les cotisations TNS s'élèvent à environ 12 000 €, contre environ 22 000 € pour un président de SASU se versant le même montant net. Attention : la cotisation minimale TNS s'applique dès la première année (environ 2 200 € par an, assiette forfaitaire). La différence de charge est conséquente. Mais elle s'explique par des droits sociaux différents : retraite notamment. L'éternel arbitrage : cotisations plus élevées pour plus de droits, ou cotisations réduites pour un revenu disponible plus important.

Protection sociale : maladie, retraite, prévoyance

Au-delà du montant des cotisations, ce sont les droits sociaux en retour qui doivent guider votre choix. Maladie : les deux statuts offrent une couverture identique pour les soins courants (remboursement à 70 % du tarif de la Sécu, mutuelle obligatoire en SASU, facultative mais conseillée en EURL). La différence réelle, ce sont les indemnités journalières. En SASU (assimilé-salarié), les IJ sont égales à 50 % du salaire journalier de base (plafond 2026 : 205,84 € brut par jour maximum, soit 6 175 € par mois). Versées à partir du 4e jour d'arrêt, jusqu'à 360 jours sur 3 ans. En EURL (TNS), les IJ sont bien moins favorables : 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonnées à 95,20 € par jour (2026). Délai de carence de 3 jours, durée maximale de 90 jours (plancher de 20,50 €/jour). En cas de longue maladie, l'écart est massif. Retraite : les cotisations plus élevées de la SASU génèrent des droits plus importants. Le président de SASU cumule jusqu'à 166 points Agirc-Arrco par trimestre (plafond 2026 : 47 100 € brut annuel). Le gérant TNS cotise à taux réduit sur sa retraite complémentaire (environ 7 560 points de retraite de base maximum par an, et 6 200 points de retraite complémentaire RCI pour un revenu de 40 000 €). Prévoyance individuelle : en SASU, le régime obligatoire est plus protecteur (capital décès, rente éducation). En EURL, les garanties de base sont limitées. Un contrat Madelin est quasi indispensable pour un gérant d'EURL qui veut une protection décente.

Gouvernance et formalités : rédaction des statuts, obligations

Les deux statuts impliquent aussi des obligations administratives différentes. EURL : la création est simple et peu coûteuse. Les statuts sont légers (possibilité d'utiliser un modèle type CCI ou site juridique). Coût total de création entre 200 € et 500 €. Le gérant est nommé dans les statuts ou par acte séparé. Pas d'obligation d'assemblée générale annuelle formelle : les décisions sont consignées dans un registre. Commissaire aux comptes obligatoire seulement si deux seuils sur trois sont dépassés : total bilan > 4 M€, CA > 8 M€, effectif > 50 salariés. SASU : création un peu plus complexe : les statuts doivent inclure des clauses obligatoires supplémentaires (objet social, capital, identification du président, modalités de rédaction des décisions, clauses d'agrément). Coût similaire (entre 250 € et 600 €). Le président est obligatoirement une personne physique désignée dans les statuts. Les décisions annuelles doivent être rédigées par écrit et conservées dans un registre. Mêmes seuils pour le commissaire aux comptes. En pratique, la SASU offre une gouvernance plus flexible (plusieurs classes d'actions possibles, organisation libre de la direction), utile si vous envisagez d'ouvrir le capital à des investisseurs. La transformation en SAS pluri-associés est simple. Précision : aucun des deux statuts n'oblige à être inscrit au RCS si l'activité est libérale ou agricole : mais l'immatriculation est obligatoire pour les activités commerciales, artisanales ou industrielles (article L123-1 du Code de commerce).

Si vous optez pour la SASU, pensez à consulter un modèle complet de statuts SASU pour vous assurer de respecter toutes les mentions obligatoires lors de la rédaction.

Quel statut choisir selon votre profil ?

Le choix entre SASU et EURL dépend de votre situation, de vos besoins de protection sociale et de votre projet. Voici des cas concrets. Choisissez la SASU si : vous visez un revenu annuel supérieur à 40 000 € net, vous voulez une protection maladie et retraite maximale pour vous et votre famille, vous envisagez de lever des fonds ou d'associer des investisseurs dans les 3 à 5 ans, ou vous exercez une activité libérale réglementée (avocat, expert-comptable, architecte) pour laquelle la SASU est souvent mieux adaptée. Choisissez l'EURL si : vous démarrez avec un CA modeste (moins de 30 000 € les premières années), vous privilégiez un revenu disponible plus important grâce à des cotisations réduites, vous êtes déjà couvert par la mutuelle de votre conjoint ou un contrat individuel, et vous n'envisagez pas d'autres associés à court terme. Cas particulier des activités à risques (santé, bâtiment, transport) : une SASU avec une couverture complète et une prévoyance renforcée peut être plus rassurante. Cas des activités à faible risque (conseil, informatique, e-commerce) : l'EURL est souvent plus adaptée.

Sources

Fiche pratique

Coût de création200 à 600 € selon le statut (EURL généralement moins chère)
Délai d'immatriculation2 à 4 semaines (INPI / CFE)
Statuts concernésSASU (assimilé-salarié) et EURL (TNS)
Régime social par défautSASU : assimilé-salarié – EURL : travailleur non-salarié
Fiscalité par défautSASU : IS (15 % jusqu'à 42 500 €) – EURL : IR (barème progressif)
Cotisations sociales (approx.)SASU : 80-85 % du brut – EURL : 40-45 % du bénéfice
Indemnités journalières max. 2026SASU : 205,84 €/j – EURL : 95,20 €/j
Organismes de référenceURSSAF, impots.gouv.fr, service-public.fr, INFOGREFFE

Ces informations sont d'ordre général et ne remplacent pas l'avis d'un expert-comptable ou d'un avocat. Validez vos choix avec un professionnel avant tout engagement.

Vos questions

Quelle est la différence entre une SASU et une EURL ?

Le vrai clivage, c'est le régime social du dirigeant. Le président de SASU est assimilé-salarié : protection sociale complète type salarié, mais cotisations plus élevées. Le gérant d'EURL est travailleur non-salarié : cotisations réduites, mais indemnités journalières et retraite moins favorables. Côté fiscal, la SASU est à l'IS par défaut, l'EURL à l'IR.

Quel est le mieux entre SASU et EURL ?

Ça dépend de votre profil avant tout. La SASU est plus adaptée si vous visez une rémunération annuelle au-dessus de 40 000 €, si vous avez besoin d'une protection sociale renforcée ou si vous prévoyez d'ouvrir le capital. L'EURL est intéressante pour un démarrage avec des revenus modestes, grâce à des cotisations sociales allégées.

SASU ou EURL pour le chômage ?

Le dirigeant de SASU (assimilé-salarié) peut prétendre aux allocations chômage s'il cumule son mandat avec un contrat de travail distinct et remplit les conditions d'affiliation. Le gérant d'EURL (TNS) ne cotise pas à l'assurance chômage et ne peut donc pas y prétendre. Il peut toutefois bénéficier de l'ARCE via France Travail s'il crée son entreprise en étant inscrit comme demandeur d'emploi.

Quels sont les inconvénients de la SASU ?

Les inconvénients de la SASU ? Le coût des cotisations sociales (environ 80 à 85 % du brut versé au président), l'absence de cotisation chômage pour le mandataire social, et des formalités de création un peu plus lourdes que pour l'EURL.

Peut-on passer d'une SASU à une EURL (ou inversement) ?

Oui, la transformation d'une SASU en EURL (ou l'inverse) est possible. Pour passer de SASU à EURL : décision unanime de l'associé unique, modification des statuts, dépôt au greffe, publication dans un JAL. La transformation d'EURL en SASU est également possible. Un expert-comptable est fortement recommandé pour ces opérations.